"Il n'est pas de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé", écrivait Montesquieu. Mais que faire quand on veut se consoler d'un chagrin de lecture? Je veux dire lorsque notre chagrin même émane de ce qui est sensé le dissiper?
Il y a beaucoup de tristesse et de mélancolie dans les romans. Nous les aimons d’ailleurs à cause de cette capacité à nous émouvoir, c'est-à-dire à nous chambouler sans qu’aucun autobus ne nous soit vraiment passé dessus. Ce ne sont que des mots, ce ne sont que personnages de papier, ce ne sont que songes parmi les songes, et encore rêvés souvent par des gens morts depuis longtemps. Mais comme elle est poignante, la petite Chloé et son nénuphar de l’Ecume des jours. Comme il est triste, le Yéti dans sa montagne en voyant s’éloigner Tchang. Et quelle grâce elle met à mourir, la jeune Manon dans les bras de son Des Grieux… Chagrins de pacotille qui épanchent en notre nature mélancolique le besoin d’affliction - « il pleure sans raison », disait Verlaine - comme une tristesse en carton-pâte d’autant plus belle et poignante que ses causes en sont futiles. Un vrai chagrin de princesse neurasthénique qui nous distrait des véritables raisons de pleurer en ce bas-monde.

4 commentaires penchés:
Snif ! je ne suis pas certaine d'être tout à fait distraite... Mais que veut dire ce mot?
Eh bien, en Amérique on écrit des histoires qui se terminent bien pour se distraire de la tristesse du monde et de la sienne propre, et pas en Europe (si je suis ton raisonnement) ... L'européen serait-il plus paradoxal?
On en a un autre exemple: il s'est rué sur les histoires fantastiques en plein siècle des Lumières ..."non pas parce qu'il y croyait, mais parce qu'il en avait peur".
Non entiendo! porque hablas de America????
Never mind...
Ce goût, encore du tragique, proprement européen? Guérir du mal par le mal...
N'y fais pas attention, parfois un peu de mauvaise foi peut être la bienvenue si elle contribue à donner du nerf au débat...
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