Elles sont terribles, les dix dernières pages. On est pris entre deux désirs : celui de brûler la poste pour connaître au plus tôt le dénouement et celui d’en faire durer le plaisir, de retarder le moment du dernier point, du dernier mot, dans la dernière phrase. Nous usons de stratégies ridicules. On relit la même phrase, on revient sur la précédente, mais la curiosité l’emporte et on se prend à galoper vers la sortie (il n’y a pas le mot Fin dans la dernière page des romans). Puis on se freine et fatalement notre raison n’y peut plus rien : on se laisse glisser vers l’extase finale qui ressemble aussi à la mort. Il y avait un avant, il y aura un après. Je lirai, je lis, j’ai lu. Il y a dans ce j’ai lu (c’était justement le nom d’une collection de livres de poches de la bibliothèque de mon grand-père), il y a du plus jamais, quand bien même j’y reviendrai plus tard. J’ai lu n’est pas j’ai relu. Ce n’est pas qu’un au revoir. C’est un adieu définitif parce que cette fin pour toujours je la connais. Jamais plus je n’en saurai goûter la charge de surprise des premières fois. C’est une chute, littéralement : la fin du roman est aussi la fin du lecteur.
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4 commentaires penchés:
Bien d'accord avec toi pour penser que la fin d'un livre est un achèvement... mais je ne suis pas certaine d'en avoir une vision aussi dramatique ! Combien de fois serais-je morte? Il y a ce jeu de la fin .... oui! Mais certains dénouements sont décevants , même dans les bons romans! On sent parfois que l'auteur a dû en finir et qu'il conclut avec désinvolture. Ainsi, récemment j'étais bien déçue de la fin de deux romans que j'avais appréciés par ailleurs parce que la fin s'avéra mettre fin à la vie du personnage, dans une sorte de suicide, de renoncement, de choix du pire. Je m'étais fait la réflexion qu'il était finalement assez facile pour un auteur de faire mourir son personnage, cela lui donnait une sorte de grandeur tragique, de masque de noblesse (du moins un simulacre) ... toutefois, quelle "leçon" de vie aussi me laissait-il là? En tout cas, dans les deux cas je m'étais dit, il est finalement plus facile de faire mourir son personnage que de trouver un sens, une idée, une cause pour laquelle lui donner le courage et l'enthousiasme de vivre. Et jusqu'à ce jour, c'est vivre qui m'intéresse.
La tristesse qu'on peut éprouver en finissant un roman n'a pas forcément de rapport avec le dénouement heureux - ou pas- du livre. Il y a quelques morts sublimes dans la littérature romantique. Mais c'est vrai que conclure un roman ne doit pas être chose facile... même sans zigouiller son héros (L'Etranger), il est des fins assez sombres (La Peste, La Chute)chez Camus par exemple. La plus belle étant pour moi justement celle du Premier homme, inachevé parce que dans ce cas c'est l'auteur qui est mort avant...
C'est la raison pour laquelle je lis toujours "l'histoire sans fin".
C'est pas terrible, mais bon...
J'apprécie beaucoup tes petits textes alors, continue....
Oui, mais c'est une autobiographie, donc on peut la considérer de ce point de vue "achevée", même si l'écriture, la rédaction ne l'était pas... de ce fait on a un livre qui n'est pas celui que nous aurions dû lire... C'est un peu "l'histoire sans fin" dont parle Olivier.
Sinon (sioui), je suis d'accord avec toi.
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