Lector in fabula, j’aime donc être baladé par mon auteur. Un Roi sans divertissement m’a définitivement réconcilié avec Giono. On y trouve une description bucolique du fameux hêtre, « personnage » central du livre qui, à la lumière de ce qui suivra, s’avère parfaitement morbide : le foisonnement de sympathiques insectes et autres subtiles bestioles carnassières ne prend son sens véritable qu’avec la découverte des cadavres cachés dans le tronc de l’arbre. La première lecture c’est du Walt Disney, la seconde du Gombrowicz. C’est pourtant la même page, les mêmes mots. S’il est bon de lire en connaissance de cause, j’aime assez cette première lecture superficielle comme je me laisserais dériver au hasard du courant sachant qu’il me faudra ensuite nager à rebours. A l’instar des Bijoux de la Castafiore où la pie, coupable du vol des fameux bijoux, est désignée dès la première case du livre. Tout le reste n’est que littérature et vaine recherche. C’est un livre sur rien, au même moment où triomphaient les recherches du Nouveau Roman.
J’aime aller dans l’épaisseur du texte. Gratter les strates du palimpseste pour en tirer une atmosphère, une impression qui touchera plus à mes sens qu’à ma raison. En glaner çà et là quelques bribes mal jointes que je colle cependant : la strate psychologique avec la strate esthétique, le niveau philosophique avec le niveau stylistique, chercher des significations que l’auteur lui-même n’a peut-être pas voulues (notamment en poésie). J’aime les symboles. Non pas les grosses allégories aussi visibles qu’un phare en pleine mer, mais des intentions attachées à des objets d’apparence insignifiante. Je suis un fanatique de Nadja précisément à cause de cette propension à attribuer une charge poétique aux objets du quotidien. (Mais curieusement, ce que j’aime dans la littérature surréaliste m’insupporte dans la peinture de Dali).
J’aime aller dans l’épaisseur du texte. Gratter les strates du palimpseste pour en tirer une atmosphère, une impression qui touchera plus à mes sens qu’à ma raison. En glaner çà et là quelques bribes mal jointes que je colle cependant : la strate psychologique avec la strate esthétique, le niveau philosophique avec le niveau stylistique, chercher des significations que l’auteur lui-même n’a peut-être pas voulues (notamment en poésie). J’aime les symboles. Non pas les grosses allégories aussi visibles qu’un phare en pleine mer, mais des intentions attachées à des objets d’apparence insignifiante. Je suis un fanatique de Nadja précisément à cause de cette propension à attribuer une charge poétique aux objets du quotidien. (Mais curieusement, ce que j’aime dans la littérature surréaliste m’insupporte dans la peinture de Dali).
J’aime m’enfoncer dans le texte comme un explorateur, frontale, piolet et machette en mains. Décortiquer, démanteler. Mais les creux et les trous me plaisent aussi. J’aime quand on ne me dit pas tout, ou qu’on me dise sans me préciser que c’est important. Stendhal me plaît à cause de ses ellipses. Les Chroniques italiennes en regorgent. Reste au lecteur à être attentif pour deviner les intentions cachées des personnages. Les ellipses me comblent et je comble les ellipses.


2 commentaires penchés:
Le plaisir du texte ... dans son sens premier de tissu que tu aimes à palper, sentir, caresser dans toute sa sensualité. Je suis bien d'accord avec toi sur ce point. J'avais un goût pour la lecture, les études, le métier (qui m'a appris à travailler le texte), m'ont aussi donné les outils pour enrichir mon plaisir.
Je ne sais pas si aujourd'hui j'aime lire davantage qu'autrefois, je ne le crois pas, mais, certainement je lis différemment et y trouve d'autres plaisirs, plus complexes, plus riches.
Je plie et déplie le tissus, le soupèse et le tâte avec délice. Ainsi, des auteurs qui ont une réputation d'auteurs faciles ... tels Maupassant ou Camus, sont-ils d'extraordinaires écrivains!
Ils sont bien ces rendez-vous sur la lecture.
Je crois aussi qu'on lit par périodes. Comme pour tout, d'ailleurs.
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