Le lecteur doit être à l'heure et seuls le hasard ou l'intuition décident du rendez-vous. Si j'ai lu trop tôt l'Etranger et la Peste, j'ai été ponctuel avec l'Immoraliste de Gide qui doit se lire ni à 18 ni à 25 mais à 20 ans. En revanche, je crois avoir lu trop tard Le Grand Meaulnes dont je ne doute pas que le motif onirique eût enchanté mon adolescence. J'en ai ressenti le souffle; insuffisamment cependant pour en être emporté.
J'ai bien été au rendez-vous pour les Hauts de Hurlevent. Cette lecture, à l'époque de mes 18 ans, m'avait retourné. Les amours impossibles de Cathy et Heathcliff me poursuivaient jusque dans mes escapades solitaires : en haut des collines je cherchais une Cathy qui aurait eu quelque chose des arbres et du vent. Curieusement, la musique que j'écoutais tout en lisant est, aujourd'hui encore, restée associée à l'atmosphère si particulière du roman. Il suffit que j'entende les premières mesures de l'album Love over gold (Dire Straits) pour que je replonge mentalement dans les landes sauvages d'Emilie Brontë. Ce sont plus des impressions que des images précises; jusqu'à une certaine odeur de papier que ranime le pouvoir évocateur des harmonies sonores, une sorte d'opéra mnésique intérieur aussi émouvant qu'éphémère.
Je fus de même au rendez-vous pour le Rouge et le Noir. Je m'éprenais de Julien, ce lecteur contrarié qui doit lui aussi se cacher de son père pour lire les mémoires de Napoléon. Rentrant de sortie à vélo, j'imitais mon héros en passant la tête sous la fontaine des villages comme il le fait au début du roman. Attitude romantique fort dommageable pour mes bronches, surtout l'hiver.

2 commentaires penchés:
Je me régale de vos billets !
Merci Rélie! Je me régale que tu t'en régales!
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