J'ai appris à lire sur Tintin en Amérique. Tintin : "Et nous voici à Chicago, Milou". Milou : "Prends, garde, Chicago, nous voici!". Puis les deux comparses montaient dans un faux taxi dont le chauffeur prononçait ces mots étranges : "All right, les volets sont fermés, l'oiseau est pris"...J'entrais avec délectation dans le monde de la métaphore. Mais ma première grande rencontre esthétique fut pour Tintin au Tibet. Tchang perdu, l'image attachante et imposante du Yéti, Tintin baptisé "coeur pur" et l'incomparable Haddock ont suscité mes premières expériences d'élévation spirituelle à travers la lecture. D'ailleurs j'y reviens cycliquement, toujours extasié par la pureté du graphisme digne d'un Fontana. C'est à peu près la seule ligne claire que je supporte.
Mon premier vrai roman - outre la série des "Michel" que je lisais à 10 ans (Michel à Rome, Michel et les brocanteurs, Michel au Val d'Enfer, Michel en plongée...)- fut les Aventures de Tom Swayer. Je n'ai aucun souvenir de cette histoire. Juste deux images : une impression de roseaux et de clapotis près d'une rivière et la sensualité d'un baiser volé, que le héros échange avec une petite fille. Pourtant je garde en moi l'empreinte que fit cette lecture sur ma sensibilité d'enfant, un état d'abandon presque inquiétant que provoquent certaines rencontres, cette douce aliénation à un auteur qui nous mène où il le désire. Le virus était contracté et le reste de mes lectures devait conserver quelque chose de ce baiser enfantin.
D'autres lectures de l'enfance ont compté : Le Journal d'Anne Franck, Premier de cordée et Le Petit chose. Je ne me souviens que d'un autre roman : Les Forêts de la nuit, de Jean-Louis Curtis, étudié en cours de Français. J'avais aimé, mais pas pour les bonnes raisons : j'étais amoureux de la prof...

6 commentaires penchés:
Déjà le quinzième "Lire"!
Plus que dans une conjugaison à toutes les personnes du présent de l'indicatif .... et aujourd'hui tu parles du passé!
Ah Premier de Cordée .!! C'était en troisième où Mme Bellot ma prof de français nous donnait à choisir une lecture dans une liste à thème .... Ca a été le déclic de la lecture pour moi lorsque le thème de la montagne est arrivé : j'ai tout lu : la Grande Crevasse, le Retour à la Montagne, 342 dans les Grandes Jorasses, la montagne à main nue ! les mopntagnards de la nuit et pour mon brevet en fin de troisième j'ai eu une corde d'escalade .... Merci Mme Bellot :-)
Zorglub, si je puis me permettre... j'ai l'impression que vos lectures ont donné naissance à une passion !
Pour ma part à l'âge où vous lisiez sur la montagne, je faisais de même, Frison Roche, Premier de Cordée, La montagne aux écriture et puis, il y eut Les Naufragés du Kon Tiki, puis Vol de Nuit de Saint Exupéry et puis la vallée des Rubis de Joseph Kessel... sans doute un appétit d'exploration dans toutes les directions, dans tous les éléments...Très désordonné, ce qui me tombait sous la main. Mais pas de vocation déclenchée.
En revanche, ce ne sont pas mes premiers pas de lectrice mais mes premiers pas d'écolière qui m'ont donné le goût de lire dès la maternelle: j'aimais tant les histoires que l'on me lisait! J'ai gardé souvenir des récits, mais aussi des illustrations et je continue d'aimer lire les albums jeunesse, à un point!
La prof qui m'a donné un choc littéraire, c'est Lolotte,en troisième, au collège. Je la croise encore de temps à autres!
JM, mon commentaire est bien entendu cousu à ton "Lire 15", de fil en aiguille.
Ah! Pierre Servettaz, Zian, Brigitte, Ravaisou dit "le Rouge", gardien de refuge... C'est curieux comme j'ai retenu ces noms. Je crois que La Grande crevasse est encore supérieur à 1° de cordée.
Vos commentaires montrent à quel point est grande l'influence des profs dans notre amour des livres... et donc du monde (ici, la montagne)!
Sol : oui une passion qui a évolué dans le temps : de sportive elle est devenue plus contemplative avec l'âge. Elle est née à cette époque c'est vrai.
JMP : Et ce qui est d'autant plus magique avec ces "livres repères " c'est que les personnages te reviennent en tête des années après quand tu vas sur les lieux de leurs exploits : je suis sûr que Ravanel le rouge a aussi veillé sur notre sommeil au refuge du couvercle avant d'aller au Moine ou que Zian nous a accompagné sur le glacier de Leschaux vers les Grands Jorasses ...
Oui, sauf que toi tu es passé de la littérature à la réalité en escaladant effectivement tous ces sommets... ce qui n'est pas mon cas, loin s'en faut!
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